Tu flânes peut-être devant la cathédrale Notre-Dame de Saigon ou l’Opéra de Hanoï en te demandant comment cette architecture européenne s’est retrouvée au cœur de l’Asie du Sud-Est ?
La France a colonisé le Vietnam principalement pour étendre son empire face aux Britanniques, exploiter les précieuses ressources naturelles et ouvrir une porte commerciale vers la Chine, le tout sous le prétexte officiel de protéger les missionnaires catholiques.
Dans ce guide, je te propose de décortiquer les véritables motivations économiques, politiques et religieuses qui ont mené à la création de l’Indochine française.
Les motivations religieuses : un prétexte officiel diplomatique
Lorsque tu voyages au Vietnam aujourd’hui, impossible de rater les églises qui parsèment le paysage, de la célèbre cathédrale Saint-Joseph à Hanoï aux petites paroisses du delta du Mékong. Cette présence religieuse est le vestige de la première justification de la colonisation : la protection des fidèles. Au milieu du XIXe siècle, les missionnaires catholiques français étaient présents dans la région, mais ils subissaient, ainsi que les convertis vietnamiens, de sévères persécutions sous le règne de l’Empereur Tu-Duc.
Officiellement, c’est pour « sauver » ces chrétiens que Napoléon III a décidé d’intervenir. C’était un argument moral puissant pour rallier l’opinion publique en France à une expédition lointaine et coûteuse. Cependant, si la foi était le flambeau affiché, les moteurs de cette entreprise étaient bien plus pragmatiques et ancrés dans la géopolitique de l’époque.
L’impérialisme économique et la course aux marchés
Il faut replacer les choses dans leur contexte : nous sommes en pleine révolution industrielle. L’Europe a soif de matières premières et de nouveaux débouchés pour ses produits manufacturés. L’impérialisme français cherchait désespérément à ne pas se laisser distancer par le rival britannique, qui avait déjà mis la main sur les Indes et une partie du commerce chinois. Le Vietnam apparaissait alors comme une pièce maîtresse sur l’échiquier asiatique.
L’objectif était double : s’approprier les richesses locales (riz, hévéa pour le caoutchouc, minerais) et surtout, trouver une voie d’accès fluviale vers le sud de la Chine pour y développer le commerce. On pensait à l’époque que le Mékong serait cette autoroute vers les marchés chinois, un espoir qui a longtemps nourri les ambitions des explorateurs comme Francis Garnier.
La stratégie militaire et la prise de Tourane
La décision de passer à l’acte est prise en juillet 1857. La stratégie militaire initiale visait à frapper fort et vite. Le commandant Rigault de Genouilly reçoit l’ordre d’attaquer Tourane (l’actuelle Da Nang). Pourquoi là ? Pour sa position centrale et son port en eau profonde. En septembre 1858, les canons français tonnent et la ville tombe rapidement. Mais la réalité du terrain va vite rattraper les ambitions de l’amiral : maladies tropicales, manque de vivres et résistance locale empêchent toute progression vers la capitale impériale, Hué.
Face à cet enlisement, les Français changent de cap et se tournent vers le sud, le « grenier à riz » du pays. En février 1859, ils s’emparent de Saigon. C’est le véritable début de l’implantation durable de la France au Vietnam. Cette conquête du sud, la Cochinchine, sera actée par un traité en 1862, où l’empereur vietnamien, dépassé par la technologie militaire occidentale, doit céder trois provinces.
L’organisation de l’Indochine et la « mission civilisatrice »
Une fois la conquête militaire bien avancée, il a fallu organiser ce territoire immense. En 1887, la France crée l’Union indochinoise. C’est une structure administrative complexe qui regroupe plusieurs entités aux statuts différents. Le Vietnam n’existait plus en tant qu’état unifié sur les cartes, mais était découpé en trois régions distinctes, chacune gérée différemment pour mieux contrôler l’expansion territoriale.
Ce découpage administratif a laissé des traces profondes dans l’organisation du pays, encore visibles quand on traverse les différentes régions aujourd’hui :
- 🇻🇳 Le Tonkin (Nord) : Un protectorat avec Hanoï comme centre administratif majeur.
- 🇻🇳 L’Annam (Centre) : Un protectorat où la cour impériale de Hué conservait une apparence de pouvoir symbolique.
- 🇻🇳 La Cochinchine (Sud) : Une colonie directe administrée par la France, centrée sur Saigon, moteur économique agricole.
Pour justifier cette domination, la France mettait en avant sa fameuse « mission civilisatrice« . L’idée était d’apporter le progrès, la médecine (avec les instituts Pasteur), l’éducation et les infrastructures modernes. Si des routes, des voies ferrées (comme le fameux Transindochinois) et des ponts (le pont Long Bien à Hanoï) ont bien été construits, ils servaient avant tout à drainer les ressources vers les ports pour l’exportation.
Chronologie clé de la présence française
Pour mieux comprendre l’enchaînement des événements qui ont mené de la première canonnade à la défaite finale, voici un tableau récapitulatif des moments charnières de cette période. Ces dates marquent l’évolution de l’influence politique française dans la péninsule.
| Année | Événement majeur | Conséquence directe |
|---|---|---|
| 1858 | Attaque de Tourane (Da Nang) | Début de l’intervention militaire directe |
| 1862 | Traité de Saigon | La France annexe trois provinces du Sud (Cochinchine) |
| 1887 | Création de l’Union Indochinoise | Centralisation de l’administration coloniale (Vietnam, Cambodge) |
| 1954 | Accords de Genève | Fin de l’Indochine française et partition du Vietnam |
Cette période de près d’un siècle s’est achevée brutalement. Malgré les infrastructures et l’héritage culturel (comme le pain bánh mì ou l’alphabet latinisé quốc ngữ), le désir d’indépendance n’a jamais faibli. En 2026, on observe encore cet héritage avec un certain recul, appréciant les vestiges architecturaux tout en n’oubliant pas le poids de l’histoire coloniale.
Pourquoi la France a-t-elle perdu l’Indochine ?
La France a perdu l’Indochine suite à une guerre d’usure menée par le Viêt Minh, dirigé par Ho Chi Minh. Le tournant décisif fut la bataille de Diên Biên Phu en 1954, une défaite militaire majeure qui a provoqué la chute du gouvernement à Paris et mené aux accords de Genève.
Quelles ressources la France cherchait-elle au Vietnam ?
L’exploitation économique visait principalement le riz du delta du Mékong, le caoutchouc (hévéa) dont la demande explosait avec l’industrie automobile, ainsi que le charbon et divers minerais présents dans le Nord du pays.
Quel est l’héritage de la colonisation au Vietnam aujourd’hui ?
Au-delà des bâtiments coloniaux, l’héritage se retrouve dans la gastronomie (pain, café, pâté), l’écriture romanisée (quốc ngữ) officialisée pour l’administration, et certaines infrastructures ferroviaires encore utilisées de nos jours.
Comment s’appelait le Vietnam sous la colonisation ?
Le terme ‘Vietnam’ a disparu administrativement durant cette période. Le territoire était divisé en trois entités distinctes : le Tonkin (Nord), l’Annam (Centre) et la Cochinchine (Sud), toutes intégrées dans l’Indochine française.
